Arnaque trading en Suisse : reconnaître la fraude, vérifier la FINMA, porter plainte

Cristina BalanPar

En Suisse, l’arnaque trading prend surtout la forme d’une fausse plateforme de courtage ou de cryptomonnaies, présentée par un « courtier » au téléphone, souvent avec une adresse ou un numéro suisse qui renvoie en réalité à l’étranger. Le réflexe de base : vérifier le prestataire dans les registres de la FINMA et sur sa liste d’alerte, puis, en cas de perte, porter plainte auprès de la police cantonale et annoncer le cas à l’Office fédéral de la cybersécurité (OFCS).

Ce guide se concentre sur ce qui est propre à la Suisse : les signaux que relèvent les autorités fédérales et cantonales, les outils de la FINMA et la marche à suivre pour signaler. Pour la description de chaque type d’escroquerie (clones, signaux, robots, prop firms, pig butchering), consultez notre guide des arnaques au trading par type.

Comment se déroule une fraude à l’investissement en Suisse

Les polices suisses et la Prévention suisse de la criminalité (PSC) décrivent un scénario très stable, mis en avant dans leur campagne nationale « Et vous ? Vous auriez dit oui ? » (Police cantonale fribourgeoise, prévention des fraudes à l’investissement) :

  1. L’appât : un site d’apparence sérieuse, une publicité sur les réseaux sociaux ou un démarchage téléphonique, souvent autour des cryptomonnaies.
  2. Le faux courtier : après un formulaire rempli, un prétendu courtier appelle et propose un placement « très demandé », disponible pour une durée limitée.
  3. La petite mise : il conseille de commencer avec une somme modeste, pour ne pas éveiller la méfiance.
  4. Les faux gains : une fausse plateforme de courtage affiche des bénéfices ; les escrocs installent un lien de confiance et la victime est encouragée à investir des montants toujours plus élevés.
  5. Le blocage : au moment de récupérer l’argent, rien ne sort. Pire, la victime est parfois invitée à remettre de l’argent pour « débloquer » ses fonds.

Les signaux d’alerte propres au marché suisse

L’office fédéral chargé de la cybersécurité (alors appelé NCSC) a détaillé en mai 2022 plusieurs indices typiques de ces fraudes en Suisse (OFCS, rapport hebdomadaire semaine 21/2022) :

  • le prestataire n’est pas autorisé par la FINMA ;
  • des gains importants, rapides et sans effort sont promis ;
  • le site a été enregistré très récemment, souvent quelques mois avant les faits ;
  • une fausse adresse suisse ou un numéro de téléphone suisse qui transfère en réalité les appels à l’étranger ;
  • des avertissements précoces sur la volatilité des cryptos, qui serviront ensuite à « expliquer » la disparition de l’argent.

Ce dernier point est typiquement suisse dans sa sophistication : en se donnant l’apparence d’un acteur prudent et transparent, l’escroc prépare l’excuse de la perte. De même, une adresse à Genève, Zurich ou Lugano sur un site ne prouve rien : seule l’inscription dans les registres officiels compte.

Les faux robots et la fausse « IA »

Une variante très présente consiste à vendre un robot de trading ou une « intelligence artificielle » qui investirait à votre place, avec des vidéos truquées de personnalités. En pratique, le robot est une vitrine : derrière, on retrouve la même fausse plateforme et le même faux conseiller. Un vrai logiciel de trading automatique fonctionne sur votre compte chez un intermédiaire autorisé et ne garantit aucun rendement ; voyez notre page sur les robots de trading et leurs limites.

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Vérifier un prestataire avec la FINMA

La FINMA, l’Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers, met à disposition deux outils complémentaires.

1. La liste des établissements autorisés

Sur le site de la FINMA, la rubrique « Établissements, personnes et produits autorisés » permet de rechercher par nom si une entreprise ou un produit dispose de l’autorisation requise (FINMA, établissements autorisés). La FINMA précise qu’un établissement récemment autorisé peut ne pas encore y figurer ; en cas de doute, vous pouvez lui écrire.

Autre point à connaître : les conseillers à la clientèle de prestataires qui ne sont pas soumis à une surveillance prudentielle doivent s’inscrire dans un registre des conseillers pour exercer. Si la personne qui vous démarche se dit conseiller financier, demandez-lui où elle est enregistrée et vérifiez.

2. La liste d’alerte de la FINMA (Warnliste)

La liste d’alerte, parfois appelée « liste noire FINMA », regroupe les entreprises et personnes que la FINMA soupçonne d’exercer une activité soumise à autorisation sans en disposer (FINMA, liste d’alerte). Trois précisions de la FINMA à garder en tête :

  • figurer sur la liste ne signifie pas forcément que l’entreprise exerce une activité illicite, mais qu’elle n’a pas l’autorisation requise ;
  • la liste n’est ni exhaustive ni forcément à jour : une entreprise non autorisée peut ne pas encore y figurer ;
  • la FINMA recommande de consulter aussi d’autres listes, notamment celle de la police cantonale zurichoise sur cybercrimepolice.ch et le portail I-SCAN de l’OICV (IOSCO).

Et les brokers étrangers ?

Beaucoup de plateformes visant les résidents suisses sont établies à l’étranger. Vérifiez alors le régulateur du pays d’origine, comparez les coordonnées officielles avec celles qu’on vous a données (pour écarter un clone) et méfiez-vous des structures offshore difficiles à poursuivre. Si la société se dit française ou active en France, notre mode d’emploi de la liste noire AMF vous aidera à la contrôler.

Où signaler et porter plainte en Suisse

Démarche Interlocuteur Ce qu’il faut savoir
Porter plainte Police cantonale ou ministère public Seule voie pour ouvrir une procédure pénale
Signaler un prestataire non autorisé FINMA Page « Avertir la FINMA » ; info@finma.ch ; +41 31 327 91 00
Annoncer la cyberfraude OFCS (Office fédéral de la cybersécurité) Formulaire de déclaration volontaire sur report.ncsc.admin.ch ; ce n’est pas une plainte
Bloquer un paiement Votre banque À contacter immédiatement
Urgence Police (117 ou 112) En cas de menace ou de danger immédiat

L’escroquerie est réprimée par l’article 146 du Code pénal suisse. La FINMA ne peut ni récupérer votre argent ni engager de poursuites pénales : elle agit sur le plan du droit de la surveillance, lorsqu’elle est compétente et qu’il existe des indices concrets. L’annonce à l’OFCS, elle, permet à l’office de détecter les tendances et d’agir de manière ciblée ; après quelques questions, le formulaire fournit une première évaluation automatisée du cas (OFCS Report). Elle ne remplace pas une plainte à la police, et les annonces ne sont pas traitées 24 heures sur 24.

Vous avez été escroqué : la marche à suivre

  1. Ne versez plus rien, même si l’on vous réclame des frais, une taxe ou une caution pour débloquer vos fonds. La police le rappelle : ne tentez jamais de récupérer votre mise en injectant de nouveaux fonds.
  2. Appelez votre banque pour tenter de bloquer ou de rappeler les virements récents, sans garantie de résultat.
  3. Coupez les accès à distance : désinstallez les logiciels de prise de contrôle, changez vos mots de passe et ne transmettez aucun document d’identité supplémentaire.
  4. Rassemblez les preuves : captures d’écran du site et du compte, conversations (WhatsApp, Telegram, e-mail, SMS), relevés bancaires, adresses de portefeuilles crypto, numéros utilisés.
  5. Portez plainte auprès de la police de votre canton, puis signalez la plateforme à la FINMA et le cas à l’OFCS.
  6. Méfiez-vous des « sauveteurs » : de faux avocats ou de fausses sociétés de récupération recontactent souvent les victimes pour leur soutirer de nouveaux frais.

Avertissement : le trading de CFD, de devises et de cryptomonnaies comporte un risque élevé de perte en capital, même auprès d’un intermédiaire autorisé. Aucune démarche ne garantit le remboursement de sommes perdues dans une escroquerie.

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Investir en Suisse par des canaux légitimes

Le meilleur antidote reste de passer par des intermédiaires dont vous avez vérifié l’autorisation, et de vous méfier de tout rendement annoncé à l’avance. Pour une vue d’ensemble du marché suisse, de ses indices et de ses spécificités, consultez notre guide de la bourse suisse.

FAQ : arnaque trading en Suisse

Comment vérifier si un broker est autorisé en Suisse ?

Cherchez-le dans la rubrique « Établissements, personnes et produits autorisés » du site de la FINMA, puis consultez la liste d’alerte. Pour un broker étranger, vérifiez aussi le registre de son régulateur d’origine et comparez les coordonnées officielles.

Qu’est-ce que la liste d’alerte FINMA (Warnliste) ?

C’est la liste des entreprises et personnes que la FINMA soupçonne d’exercer sans autorisation une activité qui en nécessite une. Elle n’est pas exhaustive : une absence de la liste ne prouve pas qu’un prestataire est fiable.

Où porter plainte pour une escroquerie à l’investissement en Suisse ?

Auprès de la police de votre canton ou du ministère public. Vous pouvez en plus signaler le prestataire à la FINMA et annoncer le cas à l’Office fédéral de la cybersécurité via son formulaire en ligne, qui ne remplace pas la plainte.

La FINMA peut-elle me rembourser ?

Non. La FINMA surveille les marchés financiers mais ne récupère pas les fonds des victimes. Seule une procédure pénale ou civile peut, dans certains cas, permettre de saisir des avoirs.

Un numéro de téléphone suisse prouve-t-il que la société est en Suisse ?

Non. L’office fédéral de la cybersécurité a signalé des fraudes utilisant de fausses adresses ou des numéros suisses qui renvoient les appels vers l’étranger. Seule l’inscription dans les registres officiels fait foi.

Les robots de trading à base d’IA sont-ils des arnaques ?

Pas tous, mais ceux qui promettent un rendement fixe, utilisent des vidéos de célébrités ou exigent un dépôt sur une plateforme inconnue en sont presque toujours. Un outil légitime ne garantit jamais de gains.